Chronique #7 : Paris-Vancouver à l'heure où la frontière entre
vie privée et marketing social appara?t de plus en plus ténue,
"Montre-moi ce que tu as, je te dirais qui tu es" s'impose comme le
nouveau mantra en vogue. Un état de fait poussant designers,
journalistes, artistes, photographes et autres acteurs du milieu à
s'interroger sur la nécessité de dévoiler une part toujours
croissante de leur intimité... The Selby, The Coveteur, The Glow...
Autant de sites mettant en scène intérieurs, garde-robes et
progéniture de cette faune ultra branchée dont la cote est
dernièrement montée en flèche. Comme si, pour exister au sein des
milieux "hype", il était devenu nécessaire d'afficher une réussite
parfaite, un go?t s?r, des enfants sublimes, une bibliothèque
éclectique, une déco pointue... Pourtant, cette exposition n'est
pas sans contraintes, les personnalités shootées devant accepter de
voir une partie de leur vie privée exposée ad vitam ?ternam sur la
toile... un prix que beaucoup semblent aujourd'hui disposés à
payer. Il faut dire qu'au-delà de satisfaire la part de voyeurisme
présente en chacun d’entre nous, ce genre de mise à nu
contribue à faire grimper l’aura de ceux qui s’y
adonnent, leur apportant plus de sollicitations, de parutions,
d'interviews ou encore de contrats. Autant dire que les rédactrices
de mode ont aujourd'hui tout intérêt à exposer dans leur salle de
bain une kyrielle de produits Kiehl's, de jeter sur leur lit un
savant mélange de pièces créateurs, d'accessoires vintage et de
vêtements chinés, de clouer au mur leurs bijoux Pamela Love et
Aurélie Bidermann et d'éparpiller sur leur bureau Matali Crasset
les derniers numéros de Love, Acne Paper et Interview Magazine.
Sans oublier bien évidemment de stationner leur vélo dans
l’entrée... Ajoutez à cela soirées passées à fraterniser avec
les RP (afin de s'assurer d’être invitée au maximum de
défilés), vernissages et autres événements mondains - où le seul
objectif est de "networker", afin de vendre au mieux son personnage
- et vous obtiendrez une existence où le regard des autres sert de
baromètre, où vos amis sont des relations de travail souvent plus
intéressées que sincères et où votre bulle privée se doit de
ressembler à une page de magazine branché. Un style de vie qui,
s'il put dans un premier temps me faire rêver, m'apparut rapidement
vide de sens une fois à ma portée. Oui j’aime la mode, ses
incessantes mutations, son histoire, ses fantaisies, ses excès, ses
acteurs, ses fées et ses muses, mais pas au point de m'y fondre
toute entière. Désireuse de pouvoir continuer à analyser, commenter
et disséquer celle-ci en toute sérénité, je finis par ailleurs par
prendre conscience de la nécessité de me tenir à distance de
l'agitation chronophage ainsi que de l'incessante compétition y
faisant rage (sous couvert de sourires friendly). Ce qui me permit
d'arrêter de culpabiliser suite à mes refus de laisser tel magazine
photographier mon appartement ou encore d'honorer les invitations à
ces soirées où il "faut être vue"... Peu à peu, je compris alors
que cette nouvelle liberté se devait d'être vécue pleinement, sous
peine de demeurer stérile. La magie d’internet me permettant
d’écrire d’où bon me semble, nous avons donc décidé
Julien et moi de partir à la découverte d’autres horizons,
avec pour ambition de nous nourrir de clashs culturels, de
nouvelles fa?ons de vivre, de penser, de se vêtir, d'appréhender la
mode et la féminité. Cela fera bient?t un mois que nous avons posé
nos valises à Vancouver... Polo Ralph
Lauren,http://www.polosralphlaurennegozio.com